Même si l'UCI ne communique toujours pas officiellement à ce sujet et ne communique d'ailleurs que très peu sur les changements de règlementation côté matériel), il semblerait que l'adoption des freins à disques au sein des pelotons professionnels ne se fasse pas tout de suite. On peut même avancer sans trop se tromper qu'il faudra attendre au moins 4 ou 5 ans avant que l'Union Cycliste Internationale revoit sa position sur le sujet.

Plusieurs raisons à cela. Des raisons de sécurité, mais aussi des raisons techniques et surtout la réticence des coureurs. Les freins à disque c'est :
Des roues plus lourdes.
A l'heure où tous les constructeurs de roues tentent d'alléger toujours plus leurs modèles, l'adoption des freins à disques impose un surpoids de 100g au moins ... sans les disques. Le seul exemple que nous ayons vraiment pour comparer est là "Zipp 303" qui est disponible à pneus et boyaux, pour freins à patins ou à disques. Les versions à disques pèsent 100g de plus puisque le rayonnage doit encaisser les nouvelles contraintes. Ainsi, alors que les versions standards sont équipées de 18 rayons à l'avant et 24 à l'arrière, les versions à disques sont munies de 24 rayons avant et arrière.
Rayonnage croisé avant et arrière alors que sur des roues pour étriers traditionnels, le rayonnage est droit à l'avant. Un rayonnage croisé qui impose l'utilisation de rayons un peu plus longs. Et à cela, il faut ajouter les 100g minimum de chaque disque. Nous voilà donc avec des roues plus lourdes d'au moins 300g la paire.
Des cadres plus lourds.
Les contraintes des freins à disques imposent de renforcer de façon notable les cadres et fourches. Des renforts préjudiciables au gain de poids comme toujours à l'heure où les coureurs et équipes sportives militent pour un abaissement du poids limite UCI sous les 6.8kg actuels. Les contraintes imposées ainsi par les freins à disque demandent aussi des cadres plus rigides et donc moins confortables et filtrant moins les vibrations.

Habituellement, les coureurs sont plutôt favorables aux nouveautés si elles leur apportent un bénéfice. Que ce soit de meilleurs performances ou un meilleur confort.
Mais dans le cas des freins à disques, ce sont clairement les marques qui fabriquent ces composants ou qui ont développé des vélos équipés de ce système qui poussent auprès de l'UCI pour qu'elle modifie son règlement. Car ces marques savent que l'adoption des freins à disques par le grand public passera obligatoirement par une visibilité chez les pros.
Mais les coureurs pros n'y voient pas grand intérêt. Pour les raisons citées plus haut tout d'abord (augmentation de poids), puisque un coureur équipé de freins à disques se trouverait inévitablement pénalisé dans la montée d'un col par rapport à un concurrent resté avec de simples étriers.
Mais aussi parce-que les étriers de freins actuels procurent déjà un freinage très puissant, même sous la pluie. Les coureurs sont habitués et arrivent à obtenir des décélérations maxi proches des limites d'adhérence d'une pneumatique ou d'un boyau. Même si sous la pluie, cela demande plus de doigté et d'habitude.
Idem côté mécanos. Changer une roue munie de disques en course est plus long qu'une simple roue à étriers. Et quid des assistances neutres comme Mavic. Elles doivent déjà jongler entre les roues avant et arrière, les roues en Campa, Shimano et SRAM. Elles devraient donc en plus avoir des roues équipées de disques (et du bon standard utilisé par le coureur à dépanner).

Des questions de sécurité à régler.
Mais la principale priorité de l'UCI semble être la sécurité. On ne compte plus les mécanos qui se sont légèrement blessés sur un disque en atelier. Une roue tourne à peu près à 500tr/mn à 60km/h. Imaginez dans un emballage final tortueux avec les freins portés à plus de 100°C si une chute intervient ! Un disque 500tr/mn porté à 100°C sur lequel des coureurs tomberaient pourrait être dramatique. Boucherie garantie !
Je doute que les coureurs soient près à ajouter ce risque à la déjà longue liste de ceux inhérents à leur métier.
Mais en plus du problème de blessures, il faut aussi évoquer les différences de freinage au sein d'un peloton au cas où certains coureurs seraient équipés de disques et d'autres d'étriers. Comme souligné un peu plus haut, sous la pluie, les freins à étriers sont puissants et freinent déjà forts mais demandent un léger temps de réponse le temps que la piste de freinage soit asséchée.
On imagine bien les problèmes dans un peloton si certains coureurs sont équipés de disques et d'autres non. Les freins à disques sont opérationnels immédiatement. Les coureurs arrivant derrière avec un freinage traditionnel et surpris par un freinage brusque s'empileront sans doute sur les premiers. D'où un risque accru de chutes.
Bilan
Les freins à disques ne sont pas en soi une mauvaise solution, mais sans doute pas encore adaptée aux contraintes de la compétition, notamment du côté sécurité et de leur réel apport par rapport aux solutions de freinage actuelles.
Je pense qu'en course, de trop nombreux problèmes existent pour qu'ils s'imposent rapidement. Dangerosité en cas de chute, multiplication des standards rendant les roues non interchangeables...

En revanche, du côté de certains usagers comme les cyclotouristes ou des cyclosportifs n'étant pas amenés à changer de roues, le gain de confort d'un freinage à disque peut être intéressant. Mais c'est à mon sens une technologie qui restera de niche sur la route.

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